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1925 - "nordisme" et "fédéralisme européen" : l'intégration dans le réseau pangermaniste

 

Morvan Marchal : "nordiste" et "fédéraliste européen"

Outre « la trouvaille » du « point de vue nordiste », Morvan Marchal, l'inventeur du drapeau breton, toujours revendiqué par le mouvement breton comme une caution de gauche, « conteste également à Mordrel la trouvaille du fédéralisme international », qu'il revendique comme étant d'abord sienne. Ses contributions et celles de Mordrel sont dès le début indissociablement associées et participent d'une même idéologie.

En effet, examinons ce compte-rendu d'une conférence du 1er mars 1925 :

« France. - Paris (…) La séance s'ouvrit par une causerie de Mordrel sur son voyage officiel en Flandres, terminé récemment. (…) Enfin, pour la première fois, il exposa publiquement la thèse de l'indépendance des petites nationalités européennes (…) Notre Président termina en faisant entrevoir l'aurore possible, par ce moyen, d'une Fédération Européenne » [50]

Plus loin, dans le même article, on note qu'à la conférence du 22 avril 1925 :

« Enfin, audition fut donnée, par Mordrel lui-même, du nouvel air de marche adopté par l'U.Y.V. : Kanen Veur ar Poblou Gwasket » [51] [Traduction : « Grand Chant (Hymne) des Peuples Opprimés »]

Et page 558 de ce Breiz Atao, on trouve, signé par Roparz Hemon, un :

« Chant de marche. A ce numéro est joint le chant de marche que l'U.Y.V. vient d'adopter : Kanenn-veur ar Poblou Gwasket : vibrante poésie de Roparz Hemon, sur l'air national des Flandres : Het Vlaamsche Meewe, le Lion de Flandre » [52]

 

Organisations "flamandes", pangermanisme, épuration ethnique

Qui sont ces "Flamands", qui prennent de plus en plus de place dans les Breiz Atao de 1923 à 1925, et qui en prendront autant dans les congrès de la fin des années 1920 ?

« On se souvient que, pendant la guerre, un certain nombre de patriotes restés en Flandres profitèrent de l'occupation allemande pour proclamer et organiser l'autonomie flamande. Après l'amnistie, ils furent tous exilés ou jetés en prison. Beaucoup y sont encore, dont le chef de l'activisme, Borms, considéré aujourd'hui comme un martyr national. » [53]

C'est Breiz Atao qui présente ainsi les références, et les origines, des organisateurs de la tournée en Flandre. Effectivement, en 1917, le Gouverneur Général allemand Von Bissing expose son action, au travers du Conseil de Flandre, constitué par les "activistes" :

« J'ai constitué une commission qui doit préparer la division de l'ancien royaume de Belgique en une partie flamande et une partie wallonne. » [54]

La politique mise en œuvre par les "activistes flamands" est celle de l'épuration ethnique :

« Il faut obliger les communes à établir des listes des personnes nées en Wallonie, en vue d'un éventuel déplacement de ces personnes vers le territoire wallon. » Lode Maesfranckx.

« Tous ceux qui nous mettent des bâtons dans les roues : de l'autre côté de la frontière ! Qu'ils aillent habiter en Wallonie ! Dehors, tous les fransquillons ! Dehors, tous ceux qui nous résistent ! Nous devons procéder à l'aune de la mesure flamande chrétienne : celui qui n'est pas avec nous est contre nous ! Le grand jour de l'épuration éclate dans toute sa cruelle justice. » Marcel Van de Velde.

Ces déclarations ont été reproduites par le journal flamand De Morgen, en 1999 [55]. D'autres études suivent les "activistes" :

« Après la défaite de 1918, des " amis " allemands " de la Flandre " étaient restés en contact avec des activistes flamands émigrés en Allemagne. C'est le cas dans une large mesure du Dr. Robert Oszwald (1883-1945). Attaché durant la première guerre mondiale à la section politique de l'administration d'occupation allemande à Bruxelles, il suivit de près et encouragea même l'aventure des activistes. Par la suite, il resta en relation notamment avec l'activiste Raf Verhulst émigré en Allemagne » [56]

Il n'y a donc aucune rupture de continuité dans l'activité des pangermanistes en Belgique.

 

Le "nordisme", un défilé nocturne aux flambeaux, "La Walkyrie"…

Les relations des membres de Breiz Atao avec les autres mouvements nationalistes apparaissent très tôt dans le journal et notamment, dès 1921, avec le mouvement flamand. Mais c'est seulement en 1924 qu'est orchestrée une campagne sur le thème du panceltisme et du nordisme opposés à la latinité. Le panceltisme devient alors une variété du pangermanisme, dont le premier chantre est Roparz Hemon [57].

Mais le père du mouvement breton actuel, chantre du pangermanisme, ne fait que reprendre les thèmes communs très tôt orchestrés. C'est Olier Mordrel lui-même qui, citant « La Nation Belge », relève que « C'est en 1921 que les deux séparatismes ont pris langue ». [58] et, de fait, il écrit en 1921 dans Breiz Atao (en signant « J. La B. ») [59] :

« Nous autres Bretons, qui mettons toutes nos espérances dans la culture racique et qui puisons nos forces dans le nationalisme ethnique, comprenons les Flamands et les assurons de notre sympathie. » [60]

« Culture racique » et « nationalisme ethnique », on ne peut être plus clair.

En 1925, année de l'adoption publique du gwenn-ha-du et de la croix gammée par Breiz Atao, Olier Mordrel rapporte qu'il est accueilli par un des organisateurs, Maître Mulls. Maître Mulls ouvre la première conférence à Anvers en exposant que

« Nous sommes des Nordiques et la lutte chez vous comme chez nous fut de tout temps menée contre le monde latin » [61]

Dans ces conférences, Olier Mordrel confirme la convergence idéologique développée par

« Morvan Marchal dont le sujet '' la renaissance bretonne et le nordisme '' a été plusieurs fois traité par lui dans Breiz Atao. » [62]

Il évoque avec enthousiasme défilés nocturnes aux flambeaux, opéras de Wagner, « dans un théâtre et une mise en scène édifiés par des hommes de sa race » [63] et, apothéose :

« Mais voilà que le vent nous apporte soudain l'écho lointain de clameurs rythmées, alternées de chants où percent les accents des cuivres. Les clameurs se rapprochent ; on entend le martèlement d'une immense troupe, et voilà que, précédés de torches et au son d'une marche entraî­nante, les étudiants, en cortège, débouchent sur la place de la gare. (…)

Derrière les torches qui les éclaboussent de reflets san­glants, précédant les oriflammes multicolores des " Gildes " estudiantines, s'avancent, claquant au vent, deux vastes étendards le Lion de Flandre et... le Champ d'Hermines de Bretagne. (…)

Puis leur fanfare attaque le Bro-Goz. (…) Après l'exécution de l'hymne flamand, le cortège, dans lequel nous avons pris place, repart. Les chants de marche alter­nent avec les cris de guerre poussés en cadence par des centaines de poitrines (…)

Ces souvenirs resteront accrochés dur à nos cœurs de jeunes hommes. Ils y resteront tant que nous conserve­rons l'inoubliable vision de l'étendard breton, blanc comme un suaire, tacheté de deuil, se soulevant dans le vent de Louvain pour mêler ses plis à ceux du drapeau noir au lion d'or, également lourds tous deux de gloire et de sang riche (…).

(A suivre.) O. MORDREL.» [64]

Toujours porté par la recherche « de gloire et de sang riche », Marchal félicite pour son élection Gustave de Clerq [65], bientôt dirigeant du VNV (parti de type fasciste), qui rédigera en 1940 un mémorandum destiné à l'administration allemande d'occupation, déclarant qu'il faut :

« vider la Wallonie, de sorte qu'on puisse offrir son habitat et ses fermes aux Flamands colonisateurs. Quant aux Wallons expulsés, on pourra toujours les recaser dans les départements peu peuplés du Sud de la France. » [66].

Au même moment, en 1940, dans L'Heure Bretonne, les Breiz Atao dénonceront les "mocos", méridionaux "latins", ennemis ataviques des Celtes et des Aryens.

Gustave de Clerq (à gauche) décore le 12/07/1942 Joris Van
Steenlandt., le chef de la Brigade Noire du VNV
fondée en
1933, avec une médaille commémorant un chef SS
du VNV
mort sur le front de l'Est
[67]

 

 

 

 

 

Insignes du Freiwilligen-Grenadier-Division
"Langemarck", de la SS-Freiwilligen Legion "Flandern"
[68]

 

Un réseau pangermaniste bien précis

Le "Conseil de Flandre" déclarait dans une proclamation, en juin 1918 :

« Économiquement, politiquement et stratégiquement, la Flandre est aux portes de l'Allemagne. Elle sait que son autonomie constitue une garantie pour l'Allemagne mais aussi que son autonomie ne peut être réalisée que grâce à l'aide allemande. » [69]

Une étude explicite les origines pangermanistes du "mouvement flamand" :

« Le mouvement flamand est lancé avant la guerre. C'est le pasteur frison Jan Derk Domela Nieuwenhuyze Nyegaard, neveu du célèbre socialiste, qui, en 1903 déjà, avait débarqué à Gand à la demande du grand professeur d'histoire Paul Frederick, qui en sera la locomotive. Nieuwenhuyze se présente comme le porte-parole de la Ligue Pangermanique. C'est le grand industriel allemand Krupp qui dirige cette ligue. Krupp ainsi qu'un certain nombre d'autres grands capitalistes comme Thyssen veulent l'annexion de ce qu'ils considèrent comme des " territoires traditionnellement germains ". Il s'agit des Pays-Bas, des Vosges, du Nord de la France jusqu'à la Normandie et, naturellement, de... la Belgique. En septembre 1914, on décide dans ces milieux de faire de la Belgique un protectorat militaire de l'Empire allemand. La Belgique doit être une colonie prétendument " autogérée " et il convient de la diviser en suivant strictement la frontière linguistique. Nieuwenhuyze débarque donc en Belgique au nom de cette Ligue Pangermanique et il y dirige le mouvement flamand dans sa phase initiale. C'est sous son impulsion qu'est fondé " Vrij Vlaanderen " (Flandre Libre) avec un certain nombre de jeunes Flamands réactionnaires, la plupart catholiques. Ils entreront dans l'histoire sous le nom d' " activistes " et - avec le soutien de l'occupant - ils utiliseront la période de l'occupation pour militer en faveur d'une " Flandre indépendante ". » [70]


Breiz Atao
n° 24, 2 septembre 1928, Une
1928 : le congrès des futurs chefs collaborationnistes : Rocca, chef mussolinien en Corse ; Schall, gouverneur nazi
de Strasbourg ; Mordrelle et Debauvais, nazis "bretons"

1925, année de l'adoption publique par Breiz Atao du gwenn-ha-du et de la croix gammée, est aussi l'année de la création du « Nationalitäten-Kongresse », « " Congrès des nationalités " (…) (1925-1938) qui se tenait à Genève dans le cadre de la S.D.N » [71]. C'est en fait le réseau pangermaniste qui organisera l'irrédentisme au profit du Reich, l'unification des "minorités" de langue allemande, et Breiz Atao marque son entrée dans ce réseau par l'adoption publique de la croix gammée et du nordisme, en amenant le gwenn-ha-du dans la corbeille de mariage de "l'Europe aux cents drapeaux".

En 1925, dans un article qui suivait l'annonce du compte rendu de la tournée de Breiz Atao en Flandre, Morvan Marchal généralisait les objectifs de cette tournée, dans un article intitulé « Pour une politique internationaliste des minorités », politique devant :

« arracher l'intelligence de leur peuple à la culture étrangère imposée, et reconstituer une civilisation nationale sur le vieux fonds racial et traditionnel. » [72]

Il fixait l'objectif « racial » de :

« la création d'un organisme de liaison entre tous les mouvements nationaux de l'ouest Europe - sinon plus - (…) un Comité International des Minorités Nationales » [73] , pour les « minorités qui ne reconnaissent ni le Traité de Versailles, ni la Société des Nations » [74]

C'était l'objectif qui était en cours de réalisation à cette date, avec la constitution du Congrès des Nationalités :

« En 1926, Marchal est invité à se rendre à Munich pour une réunion des " minorités celtiques et régionalistes européennes " » [75]

Marchal ne s'y serait pas rendu, dans une période où la discussion est en cours dans Breiz Atao sur les implications de l'adoption de la croix gammée et du nordisme, et nous avons vu avec « des objections très fondées, en particulier, d'être déjà l'emblème d'associations étrangères à la Bretagne ayant un caractère politique très marqué. ».

Mais c'est sous l'emblème de la croix gammée pangermaniste qu'est annoncé le congrès de Rosporden de septembre 1927, date de la fondation du Parti autonomiste breton, avec, à la direction, Marchal, Mordrel, Debauvais. Et c'est en septembre 1927 à Quimper qu'est créé le Comité Central des Minorités Nationales de France. « De nombreux invités (…) Alsaciens, Flamands, et Français même, assisteront à notre Congrès. » [76]. Après une occultation de deux ans, les "Flamands" ressurgissent, avec les organisations alsaciennes liées au même réseau.

« En liaison depuis longtemps avec les autonomistes alsaciens, les responsables des Breiz Atao n'ont pas invité n'importe qui mais Paul Schall et Hermann Bickler, autrement dit les partisans d'un autonomisme proche du séparatisme en étroite relation avec l'Allemagne. Schall et Bickler seront parmi les plus féroces soutiens du nazisme en Alsace. Petru Rocca, représentant le Partitu corsu autonomista qui vient aussi de se créer, sera le plus beau fleuron du fascisme corse. » [77]

 


[50] Breiz Atao n° 76, 04/1925, p. 556

[51] Breiz Atao n° 76, 04/1925, p. 557

[52] Breiz Atao n° 76, 04/1925, p. 558

[53] Breiz Atao n° 76, 04/1925, p. 549

[54] « Les Archives du Conseil de Flandre » , Ligue Nationale pour l'unité Belge, 1929

[55] Cité dans « La question flamande », D. Vandenbroucke et M. Ali Hassan, Études Marxistes, n° 49, 2000, Bruxelles

[56] « L'Ordre Nouveau », Maurice Dewilde

[57] Le Monde comme si, Françoise Morvan, p. 193 et suivantes

[58] Breiz Atao n° 76, 04/1925, p. 551

[59] « Les pseudonymes des Bretons, 16e - 20e siècle », J.Malo-Renault, p. 92, tome 1

[60] Breiz Atao n° 31, 07/1921, p. 4

[61] Breiz Atao n° 76, 04/1925, p. 550

[62] Breiz Atao n° 78, 06/1925, p. 576

[63] Breiz Atao n° 78, 06/1925, p. 577

[64] Breiz Atao n° 78, 06/1925, p. 577

[65] Breiz Atao n° 76, 04/1925, p. 552

[66] De Morgen, le 17 mai 1999, cité dans « La question flamande », D. Vandenbroucke et M. Ali Hassan, Études Marxistes, n° 49, 2000 ; Bruxelles

[67] http://www.internet-collector.com/langemarck/gallery4.htm

[68] http://www.internet-collector.com/langemarck/gallery4.htm

[69] Cité dans Études Marxistes n° 30, 1996, p.30 ; Bruxelles

[70] « La question flamande », D. Vandenbroucke et M. Ali Hassan, Études Marxistes, n° 49, 2000, Bruxelles

[71] « La F.U.E.V. et la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. », Lionel Boissou, Association de Défense et de Promotion de l'Enseignement En Français, http://membres.lycos.fr/adpeef/archives.html (http://membres.lycos.fr/adpeef/archives/telechargement/boissourtf.rtf)

[72] Breiz Atao n° 75, 04/1925, p. 536

[73] Breiz Atao n° 75, 04/1925, p. 537

[74] Breiz Atao n° 75, 04/1925, p. 536

[75] Dalc'homp Soñj, n° 17, 1986, p. 22, « Morvan Marchal, 1900-1963, créateur du Gwenn ha Du », Jakez Gaucher

[76] Breiz Atao n° 103, 07/1927, lettre supplément

[77] « Le Monde comme si », Françoise Morvan, p. 197. Voir aussi les pages suivantes qui constatent l'afflux d'argent dans les caisses de Breiz Atao à partir de son inscription dans le mouvement pangermaniste.

 

  

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