Le français
 

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La langue française, pour plusieurs raisons

   

-- Le français c’était l’accès à la lecture, au livre. Le premier livre à pénétrer dans les foyers modestes, c’était le livre de lecture du cours préparatoire. La Méthode Boscher est même l’œuvre d’instituteurs bretons de Loudéac. Et la méthode dite syllabique, a ceci de particulier, c’est que les parents pas ou peu instruits pouvaient aussi en tirer profit !

  

-- Le français c’était la connaissance du passé historique. La connaissance de la chronologie au travers de cette fameuse liste de dates sur lesquelles on interrogeait selon une méthode proche de celle du calcul mental

Ces dates mentionnaient les grandes étapes du cheminement de la société et des régimes politiques. Parmi les incontournables : Marignan sans doute, avec François 1er, qui promulgue aussi l’Édit de Villers-Cotterêts instituant le français dans les actes publics, Henri IV et l’Édit de Nantes, Louis XIV et sa révocation.

Mais surtout c’étaient les indélébiles 14 juillet 1789 – et celle de la fête de la Fédération (c’est-à-dire de l’unité de la Nation française du 14 juillet 1790 qu’initièrent les fédérés bretons et angevins de Pontivy, et surtout, comme un couronnement, la nuit du 4 août (présidée par le Breton Le Chapelier !) d’abolition des privilèges des aristocrates et ceux des provinces comme la Bretagne, qui ne profitaient qu’au Clergé et la Noblesse..

Et la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen reproduite partout et punaisée sur les murs de la classe.

 

-- Le français c’était aussi la langue de la culture, c’était la langue des humanités universelles, des écrivains et des poètes .

C’est la production littéraire française qui pénétrait par la bouche de ces enfants apprenant leurs récitations dans les humbles foyers des paysans bretons. Avec la Marseillaise et le Chant du départ, oral du certif oblige.

  


En Bretagne comme partout en France :
 Les écoles publiques et la mairie : la conquête de la République,
de la démocratie, de l'égalité et de l'instruction publique.
Ecole du Cheylas. Isère

-- Le français c’était la langue de la promotion sociale dans une société en pleine mutation. Les Bretons chassés de leurs campagnes et qui débarquaient à la gare Montparnasse avaient un intérêt majeur à posséder le français pour valoriser ainsi leur force de travail. Et le fameux Certificat d’études primaires ouvrait bien plus facilement les portes. Consécration suprême, le diplôme obtenu, avait souvent droit à un cadre, aux côtés et souvent à la place de celle réservée à telle ou telle figure pieuse.

On sait même que c’est sur les résultats au certificat que les instituteurs publics ont donné leurs lettres de noblesse à l’école laïque, en Bretagne autant sinon plus qu’ailleurs, puisqu’ici la concurrence – la « guerre scolaire » – des écoles religieuses était bien réelle.

Les résultats au certif des petits paysans ont jalonné la marche en avant des « hussards noirs de la République ».

 

Évoquant les instituteurs en milieu rural, tels ceux qu'il avait connus dans cette école de hameau de Paule-Saint-Amand, en Centre Bretagne – école, disons-le où se reconnaîtrait sans difficulté le Grand Meaulnes d’Epineuil-Le Fleuriel –, à la jonction des trois départements des Côtes d'Armor, du Morbihan et du Finistère, Raymond Jaffrezou, dans son autobiographie « Les mémoires d’un Préfet » préfacée par l'ancien Ministre de l'Intérieur, le Morbihannais Christian Bonnet, porte sur eux une sobre et chaleureuse appréciation qui englobe aussi dans cet hommage mérité leurs élèves, petits enfants des paysans bretons :

« Lorsqu’on parle des difficultés scolaires aujourd’hui on imagine mal ce que pouvait être l’apostolat de l’instituteur d’une classe à plusieurs divisions qui devait apprendre à lire et à écrire à des petits sauvageons au ventre vide, venant de faire trois ou quatre kilomètres à pied et ne parlant pas un mot de français » p. 23.

 
 


Corlay (Côtes-d'Armor) - Le bâtiment du Cours Complémentaire
a relié les deux écoles préexistantes de garçons et de filles
  

Corlay (Côtes-d'Armor) - Fête des écoles publiques, 1963

 


Ecole Normale d'Instituteurs de Saint-Brieuc.
Promotion 1953-1957

 
 

Le Breton bretonnant Maurice Le Lannou, né à Plouha  a magistralement glorifié les instituteurs publics dans son autobiographie « Un Bleu de Bretagne » Editions Hachette 1979 :

« A la différence de Pierre-Jakez Hélias, je suis né bilingue. (…) Dès ma naissance, ma mère ne s’étant pas relevée aisément, je fus mis en nourrice dans un hameau écarté de Plouha, chez une veuve bretonnante dont le fils, petit-séminariste, était passé directement du breton …au latin. » p. 86.

« Je garde pour ma part de mon éducation « primaire » un souvenir plein de tendresse. Il faut dire que je la suçais en permanence, puisque, logé jusqu’à mes dix-huit ans dans une cour d’école, je ne pouvais échapper à ses résonances et ses relents. »

«  Le vrai est qu’instituteurs et institutrices savaient alors énormément de choses et mettaient ingénument ce savoir, en toute simple loyauté, au service d’une mission. Leurs connaissances étaient désintéressées en ce sens qu’elles ne servaient pas à quelque perfectionnement individuel, mais à un métier, et sans doute, au regard d’une nation, au plus utile des métiers. » p 133.

Alors qu’actuellement les statistiques officielles font état des difficultés des enfants pour acquérir un minimum de connaissances, et en premier lieu la maîtrise de la lecture et de l’écriture, Maurice Le Lannou, défend l’efficacité des méthodes pédagogiques alors en usage et que l’on a peut-être trop décriées :

« Et elles [les connaissances, ndlr] devaient apparaître, dans l’exercice de cette profession, sous la forme la plus appropriée, qu’exigeait l’âge des élèves, c’est-à-dire suffisamment émiettées, strictement rangées, raisonnablement étiquetées, puisqu’il s’agissait somme toute de caser un bagage disparate dans des crânes de dimensions mesurées. Voilà pourquoi la géographie du maître d’école apparaissait énumérative, son histoire… événementielle, sa littérature moulinée en dictées et en morceaux choisis. Ce traitement ne formait pas des raisonneurs, mais il préparait à des éventualités scolaires ultérieures. »

Faut-il souligner, que Maurice Le Lannou a connu une brillante carrière universitaire. Après avoir enseigné à Brest et à Rennes, puis à l’Université de Lyon, il a été élu au Collège de France. Les moins jeunes d’entre nous ont pu l’approcher au travers de ses articles comme chroniqueur régulier pour la géographie dans le journal Le Monde. Maurice Le Lannou, en connaissance de cause, peut donc affirmer haut et fort qu’il « devra tout aux instituteurs de la IIIième République » p. 50.

 

Assez rapidement les écoles primaires ont trouvé un prolongement dans les Cours complémentaires qui se sont multipliés au lendemain de la Seconde guerre, à la densité remarquable de presque un par canton, notamment dans le Finistère et les Côtes d’Armor. « CC » dont le prolongement le plus prisé était le succès au concours d’entrée des Écoles Normales d’instituteurs et d’institutrices au nombre de 2 par département. Études gratuites et trousseau pris en charge par la République.

On sait que la fermeture des Écoles Normales par Pétain (qui décida aussi la reconstitution des provinces-régions) obéissait à des impératifs politiques précis. Leur mise à mort définitive a sonné, comme on sait, il y a quelques années.

 

Françoise Morvan [Le monde comme si] rapporte que la recherche du viatique de l’instruction française a joué aussi pour les enfants « émigrés » de la deuxième génération, rapportant au travers de son expérience personnelle à Paris :

 « …la culture qu’on nous dispense à l’école communale est une culture française banale qui nous ennuie énormément mais le « bagage », ce fameux « bagage » qu’il est essentiel d’avoir pour réussir dans la vie et notamment, ne pas être ouvrier chez Renault, doit être forcément lourd, très lourd. ».

Et elle soumet à notre réflexion cette analyse que pour ma part, au moins pour ce qui concerne les Bretons, je découvre pour la première fois  et qui mériterait sans doute de plus amples développements :

« Ce n’est pas pour rien que les enfants bretons et les enfants juifs se retrouvent si nombreux dans les mouvements révolutionnaires et les grandes écoles »

Matière comme on le voit, à démentir que la Bretagne n’ait été que terre de Chouans !

  

-- Le français n’avait pas qu’une vertu sociale : il ouvrait aussi sur les perspectives de l’émancipation politique. Le français c’était la langue de la République et de la laïcité, la langue de Voltaire, de Victor Hugo, de Zola, de Renan, de Jaurès.

La « guerre scolaire » c’était sur le terrain de l’école la poursuite des idéaux de la Révolution.

 

C’est ainsi que Pierre-Jakez Hélias analyse les faits sur la base de ses observations dans son Plozevet natal :

« Mais l’école, qui est à la République, parle français tandis que l’Église qui est blanche, parle breton. »

Avec des accents qui renvoient nul n’en doute aux principes fondateurs de l’école publique et des idéaux des Lumières et de la Révolution, Pierre-Jakez Hélias, le Breton bretonnant, responsable des émissions radio en langue bretonne, écrivain en langue bretonne (son cheval d’orgueil a d’abord été écrit en breton, traduit en français par lui-même) assène ces vérités fondamentales dont la teneur universelle ne concerne pas que la Bretagne :

« L’instruction est le seul bien qui ne se lègue pas de père en fils. La République la dispense à tout le monde. A chacun d’en prendre ce qu’il peut. Plus il en prend, plus il se dégage des Blancs qui détiennent la plus grande part du reste. »

Et qui donc, en Bretagne comme ailleurs sans doute, peut nier cette donnée sociologique majeure ?

 

 

  

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