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La fidélité aux origines du régionalisme breton

   

 

La Bretagne et l'Affaire Dreyfus,
Jean Guiffan, 1999, Terre de Brumes, p. 119
 

Déguignet et la langue bretonne

Déguignet a écrit ses mémoires en français. Il a néanmoins utilisé largement sa langue natale et nous donne un florilège des expressions populaires de la région de Quimper. Déguignet a deux longs poèmes en breton, et un traité pour élever les abeilles. Il possédait parfaitement sa langue, tant à l'oral qu'à l'écrit, et d'aucuns s'étonneront de lire, sous sa plume, des propos très durs sur cette dernière.

L’explication en est simple ; à la fin de sa vie Déguignet souffre de la maladie de la persécution, ses ennemis obsessionnels étant le clergé et l'écrivain républicain Anatole Le Braz. Les premiers défendent la langue bretonne pour empêcher les idées nouvelles socialisantes de toucher le peuple des campagnes, le second est le grand spécialiste de la tradition populaire de la Bretagne bretonnante.

C'est parce que les défenseurs de la langue bretonne sont ses bêtes noires que Déguignet écrit des inepties pour régler ses comptes. Le breton est clairement une langue celtique, une langue riche, qui a une longue tradition d'écriture, et qui a su se moderniser pour s'adapter à la société industrielle et technologique. Déguignet voyageant de Quimperlé à Trégunc, de Lorient jusqu'à Lambézellec, ne souligne pas de difficultés d'intercompréhension, il contredit de ce fait, par sa propre expérience, l'une des rumeurs les plus tenaces que les ennemis de la langue bretonne véhiculent, à savoir que les bretonnants ne se comprendraient pas entre eux. Il faut tordre le cou une bonne fois pour toutes à ces allégations que l'écrivain reprend, l'esprit obscurci par la maladie.

La mise en garde contre Jean-Marie Déguignet de An Here (et la réponse anticipée de Jean-Marie Déguignet à An Here)
    
Mémoires d’un Paysan Bas-Breton
Jean-Marie Déguignet, 1834-1905
Editions An Here, 2002

 
 

Article du Canard Enchaîné ( 26 avril 2000),
fac-similé
sur le site Amnistia
 

Avant d’en terminer sur ce point on peut rappeler ceci, qui nous ramène à nos préoccupations actuelles.

Déguignet s’en prend vigoureusement à l’Union Régionaliste Bretonne dont il relève la coloration conservatrice de ses membres, notamment d’Anatole Le Braz qui, lui, avait pourtant accédé à la parfaite maîtrise du français dans le lycée de Saint-Brieuc dont le hall d’entrée de l’établissement auquel il a donné son nom possède, gravée sur le mur, une inscription dans laquelle l’écrivain fait l’éloge du français et des humanités grecques et romaines auxquelles il a eu accès :

« C’est dans les murs de ce lycée que j’ai appris à communier avec l’esprit latin et le génie grec. J’y arrivai petit barbare. J’en sortis avec un commencement de culture et l’appétit de la culture complète. (…) J’y ai fait connaissance avec les maîtres de toute pensée et de tout art. Ici la Grèce et Rome m’ont été révélées. Ici les lettres françaises. »

Les positions nationalistes des dirigeants de l’URB sont connues, telles celles stigmatisées par Déguignet, du marquis Régis de l’Estourbeillon, député de Vannes, antisémite, antidreyfusard et adversaire déclaré du mouvement socialiste naissant.

Les éditions An Here sont éditrices depuis l’année 2000, des Mémoires d’un Paysan Bas-Breton de Jean-Marie Déguignet 1834-1905, déjà vendus à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.

Sous le fallacieux prétexte d’éclairer le lecteur, comme s’il n’était pas capable de juger par lui-même, les éditions An Here ont cru bon d’assortir les éditions postérieures d’un avertissement sous la forme d’une mise en garde au lecteur : un encadré « Déguignet et la langue bretonne ». On trouvera ci-dessous cet encadré recopié d’une édition de mai 2001 (qui ne figure donc pas dans l’édition de février 2000).

Sous la référence d’un pseudo diagnostic médical, qui plus est bien tardif, n’est-ce pas trahir la raison même d’écrire de l’écrivain Jean-Marie Déguignet  ?

 

Rappelons ce que la presse, notamment le Canard Enchaîné dans son numéro du 26 avril 2000, a révélé de la nature des éditions An Here. Celles-ci ont en effet publié un volumineux dictionnaire breton « Geriadur ar brezhonec », largement diffusé dans les milieux régionalistes et en usage dans les écoles Diwan, dans lequel on relève quelques perles comme celles-ci reproduites de l’hebdomadaire :

-         Page 122, le verbe « être » (exister) est illustré ainsi : « La Bretagne n’existera pleinement que lorsque le français sera détruit en Bretagne ». Ce message clair est suivi d’une affirmation tout aussi définitive : « Dieu existe ». Deux pétitions de principe — c’est moi qui commente — qui renvoient comme on le sait au mouvement « Feiz ha Breiz, Foi et Bretagne » de l’Abbé Perrot.

-         Page 254, le mot « libération » appelle cette seule illustration : « Nous commençons le combat pour la libération de notre pays ».

-         Page 282 à propos du mot « libre » : « Lutter pour la Bretagne libre »

-         Page 384 : Pour bien assimiler le sens de l’adverbe « entre », un seul credo : « Il vous faut choisir entre la Bretagne et la France ».

-         Page 434, une image simple pour parler des Français : « Lutter contre les Français ».

Nous voilà ainsi édifiés sur le fond de commerce des éditeurs de Jean-Marie Déguignet.

 

N’en doutons pas, la mise en garde en question, n’est pas dictée par une contestation des observations de Déguignet quant aux « difficultés d’intercompréhension » des locuteurs bretons. Ces difficultés pour un Rostrenois de comprendre un Trégorrois ou un Vannetais sont tellement vraies qu'elles sont le fondement logique du breton unifié ! Les choses n’avaient pas de ce point de vue beaucoup changé depuis l’Abbé Grégoire. Aujourd’hui même il est notoire qu’un bretonnant de souche est incapable de comprendre le breton synthétique. Raymond Jaffrezou, dont la langue maternelle on le sait, était le breton, ce breton de Paule que j’ai moi-même appris, atteste cette vérité première que je ne puis que confirmer également : : « …je suis incapable de suivre une conversation en breton de FR3 que je qualifie de breton de séminaire, parce qu’il me rappelle celui des prêches des recteurs, que je ne saisissais pas davantage ». p.616

Maurice Le Lannou, que nous connaissons, et qui n’était nullement hostile au breton, évoque avec une pointe d’ironie les discussions qui naissaient entre son père et sa mère à propos précisément du breton que l’un et l’autre pratiquaient quotidiennement entre eux :

« …les échanges les plus nourris portaient sur les différences qui se marquaient entre leurs parlers d’origine, mon père pratiquant dans une grande pureté le trégorrois du pays de Lannion, ma mère n’arrivant pas à se défaire de tournures et d’accents caractéristiques de ce Goello [secteur de Binic-Plouha-Paimpol . ndlr], trop voisin de la frontière d’un canton gallo [patois apparenté au français en usage en Haute Bretagne, à l’est d’une ligne Binic-Vannes ndlr]. » p. 86.

La querelle des Editions An Here est donc ailleurs et répond à d’autres préoccupations que linguistiques : elle a pour objectif de contrecarrer, de combattre, de dénigrer les appréciations et les analyses que Déguignet a d’une manière singulièrement lucide portées sur les mouvements régionalistes de son époque et sur leurs prétentions à maintenir les classes populaires dans l’usage exclusif de la langue bretonne pour que perdure ainsi leur asservissement.

 

Mais il se trouve, preuve s’il en était de sa clairvoyance et de la prémonition de l’accueil qu’on ferait à ses écrits, que Jean-Marie Déguignet a précisément prévu le sort qu’on tenterait d’imposer à son « Histoire de ma vie ».

Non seulement il conteste le point de vue du médecin commis d’office qui « m’a déclaré fou, atteint de manie des persécutions, comme si c’était moi le persécuteur au lieu d’être le persécuté » (p. 421), mais conscient des risques qu’encourait son œuvre, il a dédié à ses écrits, ce poème qui est à lui seul un magistral déni à l’avertissement-mise en garde attentatoire à sa mémoire dont les éditions An Here veulent accoler l’œuvre de sa vie. Jugeons-en :

  



L’avertissement de Jean-Marie Déguignet
 

Mémoires d’un Paysan Bas-Breton
Jean-Marie Déguignet, 1834-1905
Editions An Here, 2002, p. 23

Bien joué, Jean-Marie Déguignet toi qui n’avais qu’un désir : « dire franchement des franches vérités » et qui l’a si excellemment dit.

Que résonne encore à nos oreilles cette appréciation sans appel qui te vaut aujourd’hui la rancœur des Roparzhémoniens de tout poil :

 « C’est bien cela, messieurs les régionalistes monarcho-jésuitico-cléricafardo bretons.

Votre but était de renfermer les pauvres Bretons dans leurs vieilles traditions sauvages (…) afin que vous puissiez toujours (…) bien les exploiter en leur tirant le plus de suc possible ».

A un siècle de distance, ton boomerang d’aborigène armoricain revient en pleine figure des continuateurs et héritiers des régionalistes qui t’ont fait tant souffrir de ton vivant. Et leur misérable mise en garde est un aveu de ton impact sur les lecteurs et de la juste appréciation qu’ils portent sur ton « Histoire de ma vie ». Comme quoi, en définitive justice t’est rendue.

Bien joué, brave soldat Jean-Marie Déguignet ! Et cela va finir par nous faire croire, ainsi qu’à toi qui n’y croyais pas non plus, qu’il y a bien un bon dieu quelque part.

 

Mais direz-vous, le nationalisme breton, ce n’est pas Diwan.

Sans doute. Chacun son rôle, mais on ne peut appréhender les fondements idéologiques de Diwan sans se pencher sur ce passé de l’histoire bretonne.

   

 

  

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