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http://www.bretons.be/info/news.asp?ID=21

Déclaration de Gaël Roblin (Emgann) revendiquant la rédaction d’un communiqué de l’ARB

 

 

Déclaration du prisonnier politique breton Gael Roblin

Gael Roblin - 2/15/2002

Dans quelques semaines, j'entamerai ma troisième année d'internement légal. J'ai été incarcéré en mai 2000 pour avoir participé à la rédaction d'un communiqué frappé du sigle de l'Armée Révolutionnaire Bretonne démentant l'implication de cette organisation dans l'attentat de Quévert.

Le communiqué n'avait d'ailleurs pas la forme habituelle des écrits de l'ARB puisque nous nous sommes substitués dans l'urgence à ceux qui sont chargés de rédiger les communiqués de cette organisation. Nous pensions en effet que la proximité des dates et lieux de ce dramatique événement et d'autres faits avec un événement public organisé par le mouvement Emgann (Mouvement de la Gauche Indépendantiste) prouvait que cet attentat (que j'ai par ailleurs qualifié d'injustifiable au nom d'Emgann) ne pouvait émaner de l'ARB. Depuis mon incarcération, l'ARB a publié plusieurs communiqués et n'a pas reconnu sa participation à cet attentat.

Voilà donc le seul fait que l'on m'impute et que je revendique, avoir tapé un texte. Cela prouve, j'en conviens, que j'ai de la sympathie pour l'ARB, fait que je revendique et assume également depuis fort longtemps et ce de façon publique. A l'issue des explications que je fournis depuis deux ans au magistrat instructeur, il est parfaitement établi que je n'ai pu prendre part à la commission d'attentats, pour autant ma remise en liberté est systématiquement refusée par les différents organes de justice. Il y a quelques jours, j'ai comparu avec deux autres camarades en cour d'appel afin de faire valoir mes droits pour retrouver la liberté et rentrer en Bretagne. Au cours de cette audience où mon avocat a pu à peine s'exprimer, la présidente m'a proposé à mots à peine couverts de m'assigner à résidence hors de Bretagne, ce que j'ai refusé car, après avoir du prouver mon innocence, j'estime ne pas avoir à prouver mon degré d'insertion sociale. De plus je refuse de m'acquitter du moindre acte de génuflexion idéologique devant les représentants d'une justice qui a justifié pendant deux ans et de manière officielle mon incarcération en raison de mon "engagement affirmé" et de mon appartenance à un mouvement indépendantiste public (Emgann). Cette audience étant publique, chacun a pu lors du rappel des faits par un magistrat constater qu'il n'y avait aucun élément m'impliquant dans la commission ou la préparation d'attentats.

J'ai appris mon maintien en détention par voie de presse. J'ai également été informé que l'actuelle ministre de la justice avait exercé des pressions en public pendant le délibéré de la cour d'appel afin de justifier une incarcération prolongée. La cour d'appel dans son arrêt a cette fois justifié mon maintien en détention de façon officielle "en raison de l'attitude et de la personnalité de Monsieur Roblin". Je trouve cette phrase particulièrement éloquente, elle démontre à quel point on nage en plein arbitraire. En clair, la cour d'appel me reproche d'être et de rester indépendantiste. Il faut vraiment que la justice française redoute l'affirmation du fait national breton pour invoquer noir sur blanc ce genre de motifs dignes d'un tribunal turc.

D'ailleurs, le parallèle avec les méthodes de l'Etat turc ne s'arrête pas là, puisque, dans le même arrêt, la cour parle des activités de l'ARB en ces termes: "un mouvement terrroriste qui sous couvert d'idéologie nationaliste (...) perpétue des attentats dans l'Ouest de la France (sic!)". Apprécions ici la figure de style de la cour qui se contorsionne pour ne pas prononcer le mot "Bretagne", ce genre de pratiques pathétiques a cours dans les tribunaux fascistes d'Ankara ou d'Istanbul où les juges turcs chargés de réprimer les activités du mouvement de libération nationale du Kurdistan parlent de "hordes séditieuses et criminelles agissant dans l'Est de la Turquie"! Je suppose que Madame Lebranchu appréciera ce parallèle.

Depuis bientôt trois ans, la solidarité bretonne n'a pas fait défaut aux militants indépendantistes incarcérés en France. Depuis quelques semaines, ce mouvement s'est élargi, puisque des élus, des intellectuels, des universitaires, peu suspects de complaisance à l'égard du mouvement indépendantiste, ont lancé un appel à une justice égale pour tous en réclamant la mise en liberté des huit militants indépendantistes bretons. Il convient ici de saluer cette initiative courageuse ainsi que la ténacité des collectifs de soutien. J'espère que les quelques informations de ce texte les conforteront dans leurs démarches et éclaireront les plus dubitatifs sur le caractère éminemment politique de nos incarcérations.

Pour ma part, je ne crois pas que l'on puisse espérer une justice égale pour des militants ayant l'outrecuidance d'être indépendantistes et de ne pas condamner la violence, emprisonnés par un Etat refusant de reconnaître l'existence du peuple breton.

Je ne crois pas qu'un Etat où des magistrats peuvent maintenir quelqu'un deux ans en détention pour avoir tapé un texte tout en invoquant "sa personnalité et son attitude" soit un Etat où une justice égale soit à l'ordre du jour. Ce qui est à l'ordre du jour, c'est la répression contre les dissidents et la résistance, et surtout pas la justice ou une solution politique en Bretagne puisque, rappelons-le, le fait que huit militants indépendantistes soient incarcérés en France est la manifestation de la persistance d'un revendication nationale en Bretagne. Rappelons que notre langue n'a toujours pas de statut officiel malgré les révendications démocratiques allant dans ce sens, notre pays ne bénéficie pas de l'unité territoriale lui garantissant ainsi l'exercice du droit à l'autodétermination dans son cadre historique alors que des centaines d'élus de toutes tendances se sont positionnés en sa faveur ces dernières semaines, les travailleurs bretons n'ont absolument aucun outil pour faire face à la mondialisation libérale comme l'ont rappelé les récents licenciements de masse dans le Trégor et dans le pays de Rennes, tout ceci malgré les belles promesses des uns et des autres dans ces domaines. Ma situation et celle du peuple breton me renforcent dans mes convictions indépendantistes.

C'est donc plus que jamais convaincu de la justesse du combat indépendantiste que je m'apprête à entamer ma troisième année d'incarcération "provisoire", sans qu'aucun procès ne se profile à l'horizon de façon certaine. Je conçois fort bien qu'un procès en l'état actuel de mon dossier d'instruction serait gênant pour Madame Lebranchu tout comme serait gênant mon retour en Bretagne en pleine période électorale, car je pourrais dans l'une ou l'autre de ces perspectives réaffirmer la pertinence du combat indépendantiste et expliquer aux électeurs de Madame Lebranchu que l'on ne m'a JAMAIS interrogé sur des éléments m'impliquant dans la commission d'attentats alors que j'ai été pendant des mois présenté comme le coupable idéal et ce jusque dans l'enceinte de l'assemblée nationale française.

le 8 avril 2002.
Gaël Roblin, prisonnier politique breton,
273196 1-121
42, rue de la Santé
75674 PARIS CEDEX 14
(france)

 

  

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